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Les philosophes dans le métro par Luc de Brabandere et Anne Mikolajczak

Le livre se présente comme un manuel d’introduction à des grandes figures de la pensée occidentale. Reprenant le motif du plan de métro (parisien), chaque station représente un philosophe, tandis que chaque ligne illustre un thème ou « fil conducteur » qui pourrait lier ensemble plusieurs personnes. Ainsi, la ligne Logique connecte Aristote, Popper et Boole, tandis que la ligne Éthique emprunte Sénèque, Spinoza, Montaigne, parmi bien d’autres.

La variété des figures évoquées fait à la fois la force de ce livre et un point de faiblesse. 83 figures en 141 pages, ce qui représente… 1,7 page par tête pensante ! Comme dans le métro, il faut s’accrocher. Ce nombre s’explique notamment par la volonté des auteur·rice·s de ne pas s’en tenir aux figures littéraires et reconnues de la philosophie, mais aussi d’y inclure des artistes (Magritte), des scientifiques (Curie), des inventeurs (Edison). Si la pensée est un mouvement, ce livre est une invitation à se mettre en route, et de chercher des chemins de traverse.

Pour chaque personne, iels décrivent brièvement leurs thèses principales en rapport avec le thème de la ligne de métro dans laquelle l’on se trouve. Par exemple, on parlera des syllogismes d’Aristote dans les rames de la Logique, mais c’est de l’Éthique à Nicomaque dont nous parlerons dans le wagon de l’Éthique. Parfois, on regrette que les auteur·rice·s ne se soient pas davantage attardé·e·s sur certains points. Le paragraphe sur le Stoïcisme est si léger que toute la doctrine semble perdre de sa substance. Mais bien entendu, tout y est fait pour susciter la curiosité des lecteur·rice·s, et donner envie de poursuivre la lecture.

À chaque fin de ligne, il est fait renvoi à d’autres ouvrages de vulgarisation de la philosophie pour aller plus loin. Malheureusement, les références proposées sont souvent les mêmes, car il n’y est fait mention que des autres livres des deux auteur·rice·s. Cela donne une impression un peu circulaire : l’on voudrait ouvrir nos perspectives, aller voir chez d’autres, et surtout, se donner l’occasion d’une parole contradictoire, qui questionnerait le choix des thèmes et des penseur·euse·s abordé·e·s.

Bien entendu, choisir, c’est renoncer. Ici, il a été renoncé à une ligne Politique, ou une ligne Métaphysique. Si on est invité, en fin d’ouvrage, à faire par nous-mêmes les liens manquants, il serait bien difficile d’imaginer le tunnel qui relie Foucault à Derrida vers une Butler qui n’a pas été reprise dans la liste des destinations possibles. Sur les 83 philosophes, scientifiques, savant·e·s, il n’y a que trois femmes : Simone de Beauvoir, Marie Curie et Barbara Cassin. Watzlawick en revanche fait figure de gare internationale puisqu’il revient dans cinq lignes différentes.

Ces choix s’expliquent peut-être par les limites du dispositif pédagogique. Il fallait des lignes, des correspondances, des croisements, éviter les demi-tours et les chevauchées infernales. Si l’on en croit Bergson, il est bien mal avisé de comprendre le temps comme de l’espace, de comprendre la pensée comme de la matière. Aussi le gruyère parisien montre-t-il peut-être ses limites en tant que métaphore quand il s’agit de mettre en image plusieurs milliers d’années de pensée occidentale. Nous apprécierons cependant la possibilité de contacter les auteur·rice·s afin de leur faire part de nos commentaires et suggestions, tel qu’iels nous invitent à le faire en fin de volume.

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