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« Du Bonheur, un voyage philosophique » de Frédéric Lenoir

Frédéric Lenoir fait partie de ces quelques philosophes-écrivains-à-succès dont les ouvrages parviennent à toucher un public non-philosophe très large. Sa recette est simple : dans un langage clair, il aborde les thèmes populaires du bien-être et de la spiritualité, façon développement personnel, en y ajoutant juste ce qu’il faut de philo pour nous intéresser. Heureusement, Lenoir évite les écueils de nombre de ces bouquins que l’on retrouvera souvent au même « rayon » – qui promettent la recette de la béatitude pour seulement 8,90€, à base de chakras et de techniques de marketing – et propose dans Du Bonheur, un voyage philosophique, un travail sérieux, correctement référencé, qui met en confiance.

Comme son sous-titre l’indique, l’ouvrage est pensé comme un « voyage », aussi bien spatial que temporel, puisque Lenoir y brasse un grand nombre de pensées et de penseurs : philosophes antiques ou modernes, figures religieuses, d’orient ou d’occident, qui ne seront abordés ni dans l’ordre chronologique ni selon un classement quelconque. Cette liberté prise par l’auteur rend la lecture agréable mais lui permet surtout de faire dialoguer à volonté les auteurs cités. Le fil rouge est celui des réflexions de Lenoir dans lesquelles le lecteur reconnaîtra beaucoup de ses propres interrogations naïves sur le sujet ; tout l’intérêt du livre est évidemment que ces questionnements sont suivis de développements qui trouvent ici des éléments de réponses grâce à la philosophie.

Qu’en est-il, donc, de ce point ? Sans surprise, le lecteur philosophe ne trouvera sans doute pas de quoi répondre à toutes ses exigences. Lenoir privilégie ici la « quantité », mobilisant beaucoup d’auteurs pour en dire finalement assez peu de choses. Néanmoins, il est important de garder à l’esprit la visée pratique de l’ouvrage qui n’a pas vocation à retranscrire toute la complexité des pensées qu’il aborde. Il ne fait aucun doute néanmoins que le lecteur « profane » apprendra, pour sa part, beaucoup de notions qu’il pourra à son gré approfondir en se rapportant aux nombreuses notes ou à la bibliographie de l’ouvrage qui seront à même de l’amener à des lectures plus poussées.

Enfin, il est intéressant de noter l’éclectisme de l’ouvrage, qui ne se contente pas comme c’est parfois le cas de se focaliser sur une seule approche du bonheur comme « béatitude » qui est souvent privilégiée dans les ouvrages de spiritualités. Ainsi aux côtés d’Épictète ou du Bouddha, Lenoir donne aussi largement la parole aux philosophes des Lumières, mais aussi aux utilitaristes, aux taoïstes… et, chose remarquable, n’oublie pas d’apporter un regard « factuel » sur son sujet en abordant la chimie du cerveau. Un place des choix est notamment réservée à Spinoza, pour lequel l’auteur ne cache pas son admiration et auquel il a plus récemment consacré un ouvrage (Le miracle Spinoza, Fayard, 2017) qui développe des thèmes évoqués dans Du Bonheur. Avec ses chapitres courts et son style clair et accessible, Du Bonheur est un ouvrage résolument tourné vers le grand public. A la limite entre le manuel d’histoire de la philosophie et le développement personnel, ce guide du routard des philosophies du bonheur devrait plaire aux jeunes curieux qui souhaitent une lecture pratique et exhaustive, mais peu exigeante.

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« Ainsi parlait Nietzsche » de Nathalie et Christophe Prince

La question fondamentale à se poser avant de vulgariser un texte de philosophie est : pourquoi ? Dans quel but voulons-nous transformer une œuvre philosophique pour la faire passer à un certain public ? Est-ce pour lui apprendre, dans une démarche d’histoire de la philosophie, la pensée d’un auteur ? Ou est-ceLire la suite >

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