PhiloÉcole – E. Chirouter & S. Deprez

Date/heure
Date(s) - 18/11/2021
14h30 - 16h00

Emplacement
ULiège, XX août

Catégories


Philosophie et littérature à l’école.

Depuis 50 ans, les représentations de l’enfance ont considérablement évolué. Considéré désormais comme un « interlocuteur valable » (J. Levine) et un sujet de droit, l’enfant se voit accorder de nouvelles reconnaissances. La pratique de la philosophie avec les enfants et l’avènement d’une littérature de jeunesse qui aborde de façon complexe et poétique de grandes questions métaphysiques sont révélateurs de cette révolution anthropologique.

La communication reviendra sur les liens qui unissent aujourd’hui la philosophie, l’enfance et la littérature. L’interprétation des récits est un moment fort des ateliers de philosophie. La fiction – immense « laboratoire de l’imaginaire » (P. Ricoeur) – permet expérimenter une multiplicité de situations et de mondes possibles, elle nous propose des dilemmes, nous fait vivre par procuration ce que le réel seul ne nous permettra jamais de vivre, elle éveille nos affects, tout en les plaçant à « bonne distance » au travers les personnages.

Comme au commencement de la philosophie avec les allégories platoniciennes, la littérature (de jeunesse) opère ainsi une ruse de la raison, qui charme, bouleverse et interroge pour rendre notre expérience du monde plus intelligible.

Edwige Chirouter, Professeur des Universités, Université de Nantes. Titulaire de la chaire UNESCO de Philosophie avec les enfants. France.

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Philosophie, littérature bilingue et spécificités culturelles polynésiennes.

En quoi la pratique de dialogues à visée philosophique à partir d’albums de littérature de jeunesse polynésienne bilingue favoriserait-elle une rencontre interculturelle fructueuse ? Le cadre théorique de cette investigation est vygotskien et piagétien. Cette recherche s’appuie sur les travaux de chercheurs dans le domaine de la philosophie pour enfants. Les travaux de linguistes océaniens éclairent la réflexion. Au-delà du repli communautaire, les questions philosophiques tendent à l’universalité. Cependant, les réponses à ces questions sont émises par des individus imprégnés d’une empreinte culturelle et de spécificités. Le contexte de l’école polynésienne est plurilingue (bilinguisme français et tahitien). Les participants de l’expérimentation sont d’origine culturelle multiple. De surcroît, des écarts existent entre la culture scolaire et la culture familiale sur le plan éducatif. C’est pourquoi, cette recherche exploratoire, qualitative et longitudinale, a impliqué 6 parents volontaires, 20 élèves de CP, 1 conseillère pédagogique et 1 enseignant. Chaque semaine, un parent de l’école de Paopao à Moorea, venait lire une histoire aux élèves, en français ou en tahitien. Puis un dialogue à visée philosophique était lancé en prenant appui sur le texte lu. Le corpus littéraire était composé de 9 albums de littérature de jeunesse polynésienne. Différents types de questionnement à visée philosophique ont été posé aux élèves. Les grilles d’analyse confirment l’évolution positive des habiletés intellectuelles propre à la philosophie des élèves. Une analyse de texte basé prouve que le lexique utilisé par les élèves s’étoffe. Une analyse statistique atteste de la dimension philosophique des échanges. Les dialogues à visée philosophique ont permis un échange respectueux du pluralisme, le développement de l’esprit critique des élèves et une ouverture à l’altérité. L’implication parentale a favorisé la coéducation. L’utilisation de littérature endogène a valorisé le patrimoine culturel et linguistique polynésien. De surcroît, les propos des élèves ont reflété des spécificités culturelles propre à la mosaïque polynésienne.

Simon Deprez, Doctorant à l’Université de Polynésie française.

Réservations