PhiloEcole – F. Nobilio, S. Bettens, A. Rodrique, A. Dewael ; V. Dortu

Date/heure
Date(s) - 19/11/2021
11h00 - 13h00

Emplacement
ULiège, XX août

Catégories


11h-11h45

Sport expérience : un dispositif pédagogique à la croisée des cultures

Depuis cinq ans, la Ville de Bruxelles organise dans les deux dernières années du secondaire des journées « Sport expérience » qui visent à ce que les adolescent.e.s pratiquent une activité mixte (cf. Marie-Cécile Naves) et questionnent l’assignation de genre à travers la découverte de sports dits « de fille » ou « de garçon ».

Ces journées ont progressivement intégré des ateliers philo qui mettent en évidence une tension entre trois types de culture(s) :

– Les cultures dont les élèves parlent souvent en termes d’appartenance à un groupe social (différentes conceptions de la pudeur, différenciation sociale plus ou moins nette entre femmes et hommes, adultes et enfants) ;

– La culture médiatique, du moins celle dont nombre d’élèves dénoncent le caractère stéréotypé (football masculin, publicités aux corps parfaits) ;

– La culture scolaire, avec son subtil mélange de contrainte et d’émancipation.

On peut y ajouter, de manière transversale :

– La culture matérielle, qui peut rendre un sport plus ou moins accessible en fonction de la tenue adéquate.

Ces ateliers philo en cours de développement offrent déjà quelques éléments de réponse – à discuter – à certaines questions soulevées par l’argumentaire du colloque.

– « Rapport entre les pratiques philosophiques et les différentes cultures » (Axe 1)

La philosophie est-elle plutôt un produit culturel, une manière de penser parmi d’autres, ou plutôt une mise en question de nos manières de penser habituelles, notamment culturelles ? Dans ce deuxième sens, la philosophie peut contribuer au dialogue interculturel tel que le conçoit l’UNESCO, ou bien à un processus d’abstraction des affiliations culturelles (Henri Pena Ruiz, Jean Leclercq).

– « Comment intégrer la culture dans la pratique de la philosophie ? »

Dans « Sport expérience », où l’expérience partagée d’un sport remplace la lecture partagée d’un texte (Lipman), c’est avant tout par le corps. Car ce corps rend possibles nos expériences et nous apparaît comme un objet, il relève à la fois de la « nature » et de la « culture » (Merleau-Ponty) : il peut être comparé aux modèles des publicités, il peut incarner une norme ou s’en écarter (Judith Butler), etc.

Fabien Nobilio, Stéphanie Bettens, Alice Rodrique et Aurélie Dewael, Ville de Bruxelles. Belgique.

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11h45-12h30

Quand la didactique du philosopher s’enseigne en se pratiquant

Depuis 2017, je suis chargée de former de futurs enseignants de philosophie et citoyenneté à la Haute Ecole de la Ville de Liège (Belgique). Mes étudiants, qu’ils se destinent à l’enseignement primaire ou secondaire, n’ont que très peu d’heures de philosophie. C’est problématique. Comment en effet apprendre à philosopher à partir d’une culture spécifique dont on ne dispose pas ? Dès lors, comment donner aux étudiants suffisamment d’outils pour que la profession dans laquelle ils choisissent de se former mobilisent des contenus suffisants et pertinents ? Pour répondre à cette exigence, il fallait définir une stratégie reposant sur des questions qui au départ pouvaient sembler insolubles. Comment faire en sorte que des étudiants deviennent philosophes sans être philosophes ? La question peut sembler simpliste. Cependant elle touche à la réalité de mon « métier ». Au quotidien, il s’agit de se demander comment stimuler la curiosité philosophique. Comment donner confiance dans une matière qui pour beaucoup reste obscure ? Rapidement, la méthode proposée dans mes enseignements a pris la voie d’une pédagogie active. Accompagnée par des enseignants de terrain, nous avons constaté les effets positifs d’une méthodologie permettant aux étudiants de se sentir à l’aise avec la culture philosophique. Dans cet exposé-témoignage je souhaiterais montrer comment en travaillant à partir de cartes notionnelles, de textes talismans, et d’ateliers de discussion philosophique – ce que j’appelle le « kit de survie » – on peut former de futurs enseignants à pratiquer rigoureusement et activement le philosopher en classe. Je tenterai de montrer comment cette approche invite le futur enseignant à enrichir sa pratique par des contenus qu’il prendra l’habitude d’aller chercher lui-même en fonction des situations d’apprentissage à créer.

Si la culture philosophique semble faire encore cruellement défaut chez les futurs enseignants, soyons favorables à la mise en place de nouveaux dispositifs. C’est la promesse d’une Ecole différente, celle qui accepte le doute, reconnaît la valeur du tâtonnement, et se réjouit de discuter pour améliorer sa pratique.

Véronique Dortu – Maîtresse assistante en philosophie, Haute école de Liège. Belgique.

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Réservations